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Dans un post de février dernier intitulé « La stratégie risquée des firmes pharma sur le Web 2.0 »,
Pharma-is-business.com dresse le panorama de la présence de quelques géants de la pharmacie sur les principaux réseaux sociaux. L’analyse, plutôt pertinente, souligne les risques de la présence timide des labos sur les réseaux sociaux : une incapacité à gérer l’information en temps de crise et de diffuser des messages pertinents vers l’opinion publique. Si ce risque est patent, force est de constater qu’il n’est guère évident pour un laboratoire pharmaceutique de faire le pas des réseaux sociaux. Source: www.pharma-is-business.com
Réseaux sociaux : des freins culturels et économiques
Ainsi, l’adoption des réseaux sociaux remettrait en cause les fondamentaux de l'industrie pharmaceutique et conduirait ses acteurs à oublier allégrement que le médicament n’est pas un produit comme les autres. Le positionnement 100% santé médicale de ce produit tisse en effet un lien particulièrement émotionnel avec le grand public, et fait d’ailleurs de l’industrie pharmaceutique une cible de choix pour les critiques des internautes sur les réseaux sociaux. Il suffit de surfer sur Facebook, YouTube et consœurs pour compter les posts, vidéo et autres contenus générés par les internautes et ciblant les laboratoires. Ainsi, l'affaire du Vioxx reste encore à ce jour toujours citée en tant que dérive de l’industrie pharma, la campagne TV du Gardasil a mobilisé une frange de la blogosphère, avec pour accusation l’utilisation de codes émotionnels (lien entre la mère et la fille ) qui seraient pourtant totalement légitimes pour des marques grand public. Et que dire d’Alli, la pilule minceur, qui dispose déjà de sa pub détournée sur YouTube ?
L’idée est intéressante, mais terriblement ruineuse et donc réservée aux Big Pharma, bien que le retour sur investissement se révèle hypothétique. Il s’agit en effet d'investir dans des outils de veille et dans une équipe dédiée qui prendra en charge chaque commentaire négatif d’internaute, sur une foultitude de plateformes, de blogs et réseaux sociaux. Complexe et plutôt coûteuse comme approche. Au final, pour réellement décider de se positionner sur les réseaux sociaux, il s’agit de s'interroger sur la nocuité des contenus. En effet, si l'utilisateur lambda d'un réseau social émet une critique négative sur un médicament qu’il utilise dans un cadre strictement personnel, quelle est donc sa légitimité vis-à-vis d’un produit aussi complexe qu'un médicament? N’oublions pas que ce même internaute lambda pourra aller jusqu’à donner ses propres conseils « médicaux » au détour d'un forum grand public, mais sans aucune caution médicale à la clé. Les laboratoires ont-ils réellement intérêt à participer à ce capharnaüm d’information, ou pire l’initier ? Sur le terrain, plusieurs laboratoires ont pourtant déjà tenté l’aventure du Web 2.0, en mettant en avant leur marque d’entreprise et en se positionnant sur un discours éditorial ou corporate. Johnson & Johnson a ainsi créé sa propre chaîne sur YouTube. 156 vidéos disponibles à ce jour sur cette chaîne créée il y a plus d'un an … pour seulement 1094 abonnés. Et les autres marques, à l’instar de GSK ne sont pas mieux loties. Ces chiffres soulignent que la migration des laboratoires vers les réseaux sociaux sera un processus long, et qu’il a tout intérêt à s’inscrire dans une stratégie marketing plus globale. Ainsi, les laboratoires sont de plus en plus nombreux à communiquer avec le grand public en associant leur marque à un environnement thérapeutique cible, qui devient la thématique principale d’un site web par exemple. C’est le cas de l’Institut UPSA de la douleur ou des différents sites de prévention de Pfizer sur la cardiologie ou le tabac. Lorsque ce type d’information existe et que le laboratoire a su créer un lien avec le grand public via son site Web, il devient alors intéressant et économiquement viable d’ouvrir sur les réseaux sociaux des portes d’entrée vers le site Web existant. En clair, réutiliser l'existant pour éviter de creuser les budgets, plutôt que d’investir aujourd’hui en aveugle et de manière spécifique sur les réseaux sociaux. Réseaux sociaux : privilégier l’axe de la veille
Au-delà des réseaux sociaux grand public, il existe une nouvelle tendance qui considère les réseaux sociaux non comme des outils de promotion, mais plutôt comme des outils de veille. Les communautés de patients en sont un exemple concret. UCB a ainsi récemment annoncé son intention de collaborer avec Patientslikeme, pour créer une communauté dédiée à l'épilepsie, une approche qui vise à comprendre les comportements des patients vis-à-vis d’une pathologie ou d’un médicament. L’information proposée donne une visibilité agrégée des comportements individuels. On imagine mal la divulgation de données sur des patients individuels, pour cause de confidentialité et de réglementation. Ainsi, ces réseaux sociaux de patients s’inscrivent dans les valeurs de l’industrie pharmaceutique en proposant une fenêtre de visibilité susceptible d’alimenter un processus d'innovation.
Alexandre Bruère est Vice-Président en charge de la stratégie chez BY AGENCY. Il peut être joint sur bruere@byagency.com |
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